Psychologie
Laura Lizama
26 oct. 2025
Mettez votre masque avant d’aider les autres
Pourquoi on applique cette règle en avion mais jamais au bureau ?
🎭 “Mettez d’abord votre masque avant d’aider les autres” - Pourquoi on applique cette règle en avion mais jamais au bureau ?
Tu te souviens de cette démonstration de sécurité en avion ? Celle où l’hôtesse mime avec un sourire un peu trop enthousiaste comment enfiler un masque à oxygène en cas de dépressurisation ?
“Mettez d’abord VOTRE masque avant d’aider les autres, même vos enfants.”
Une règle simple. Logique. Vitale. Tout le monde hoche la tête. “Évidemment, sinon je m’évanouis et je ne peux aider personne.”
Alors pourquoi, nom de nom, on ne l’applique JAMAIS au travail ?!
🤔 Le paradoxe qui tue (littéralement)
En altitude, à 10 000 mètres, personne ne te dit : “Allez, sois fort, respire un coup, tu vas tenir.” Personne ne te lance un regard de travers parce que tu mets TON masque en premier. C’est la PROCÉDURE. C’est FORMATEUR. C’est reconnu par toutes les compagnies aériennes du monde.
Mais au bureau ? Au studio ? En réunion Teams à 22h un vendredi soir ?
Là, magiquement, la règle s’inverse.
“Je ne peux pas laisser tomber l’équipe.”
“Ce n’est pas le bon moment.”
“Les autres comptent sur moi.”
“Je ne suis pas vraiment en dépression, je peux encore tenir.”
En séance de coaching, j’entends ces phrases tous les jours. TOUS. LES. JOURS.
Des employés qui s’accrochent. Des managers qui s’écroulent en silence. Des autoentrepreneurs qui carburent au café froid et à l’anxiété matinale, persuadés qu’ils ne sont “pas assez malades” pour s’arrêter.
Et tu sais quoi ? Le pire, c’est qu’on les FÉLICITE pour ça. “Quelle motivation !” “Quel engagement !” “Quel warrior !”
➡️ Non. Quel désastre annoncé.
📊 Les chiffres qui devraient nous réveiller !
Parlons peu, parlons chiffres. Parce que ta petite voix intérieure qui dit “oui mais moi c’est différent” va peut-être se calmer deux minutes.
Selon Santé Publique France (2023) :
34% des travailleurs français sont en situation de burn-out, dont 13% en burn-out sévère
Le nombre d’affections psychiques reconnues comme accidents du travail a augmenté de 70% entre 2016 et 2021
D’après le baromètre de la santé psychologique des dirigeants (OpinionWay, 2023) :
46% des dirigeants se sentent isolés dans leur fonction
52% déclarent une charge mentale excessive
1 dirigeant sur 3 présente des symptômes dépressifs
Attends, relis ce dernier chiffre. UN SUR TROIS.
Les dirigeants. Ceux qui sont censés “gérer”. Ceux qui “ont les épaules”. Ceux qui “connaissent la pression”.
Ils coulent aussi.
L’Assurance Maladie rapporte qu’en 2022, les troubles psychiques représentaient la première cause d’arrêts de travail de longue durée, avec une durée moyenne de 400 jours par arrêt.
400 jours. Plus d’un an.
Tu sais combien de temps il t’aurait fallu pour mettre ton masque à oxygène et éviter l’évanouissement ? 15 secondes.
🎪 Le cirque des excuses (et moi je suis aux premières loges)
Durant mes séances, j'entends une collection impressionnante d’excuses. Si c’était des cartes Pokémon, j’aurais la version holographique de chacune☝🏽 !
“Je ne peux pas m’arrêter maintenant, on est en plein rush.”
📢 Spoiler alert : c’est TOUJOURS le rush. Janvier c’est la reprise. Mars c’est le bilan trimestriel. Juin c’est avant les vacances. Septembre c’est la rentrée. Décembre c’est la clôture. Il n’y a JAMAIS de “bon moment” pour s’effondrer. Ton cerveau ne consulte pas ton agenda Outlook avant de lâcher.
“Les autres comptent sur moi, je ne peux pas leur faire ça.”
Ah oui ? Et quand tu vas craquer pour de bon, quand tu vas partir 6 mois en arrêt (ou pire, ne plus jamais revenir), ils vont compter sur qui ? Sur ton fantôme burnouté qui hante les couloirs en murmurant “j’aurais dû m’écouter” ?
“Ce n’est pas si grave, je ne suis pas en dépression.”
Non, effectivement. Tu n’es “que” :
Épuisé en permanence
Incapable de te concentrer plus de 10 minutes
Irritable avec tes proches
En train de pleurer dans ta voiture avant d’entrer au bureau
Insomniaque malgré la fatigue
Déconnecté de ce qui te rendait heureux avant
Mais non, tu n’es “pas assez malade”. Juste à deux doigts du précipice, c’est tout.
“J’ai juste besoin de vacances.”
Ah, les vacances magiques ! Deux semaines à Bali et paf, le burn-out disparaît ! Sauf que non. Tu sais ce qui se passe vraiment ? Tu passes la première semaine à décompresser (lire : à dormir 14h par jour), la deuxième à angoisser sur ton retour, et tu reviens encore plus crevé qu’avant. Le burn-out, ça ne se soigne pas avec un mojito et une plage de sable fin.
“Je suis autoentrepreneur, je n’ai pas le droit de m’arrêter.”
Alors là, bravo. Tu as réussi à être à la fois ton patron toxique ET ton employé exploité. C’est du deux-en-un. Un exploit. Tu es ton propre harceleur. Félicitations ?
🎭 Le double standard qui rend fou
Voilà le truc qui me fascine (dans le mauvais sens du terme) :
Tu te casses la jambe ?
“Oh mon Dieu, repose-toi ! Prends ton temps ! On va gérer !”
Fleurs, messages, compassion, compréhension générale.
Tu fais un burn-out ?
“Ah… ok… bon… tu penses revenir quand ?”
Gêne, doutes, “mais il n’avait pas l’air si mal que ça”, “peut-être qu’il n’est juste pas fait pour le poste.”
Pourquoi ?
Parce qu’une jambe cassée, ça se voit. Y’a un plâtre. Des béquilles. Une radio. C’est tangible. C’est “vrai”.
Un cerveau qui implose ? Invisible. Donc suspect. Donc potentiellement “faible” ou “pas assez résistant”.
On accepte la défaillance physique mais on juge la défaillance psychique.
Ton genou qui lâche après un marathon = respecté.
Ton mental qui lâche après 3 ans de surcharge = “il aurait peut-être dû mieux s’organiser.”
Et c’est là qu’on nage en plein délire.
Parce que ton cerveau, c’est aussi un organe. Il a des limites physiologiques. Il produit des hormones, consomme de l’énergie, a besoin de récupération. Quand tu le sur-sollicites pendant des mois sans pause, il DYSFONCTIONNE. Ce n’est pas de la philosophie, c’est de la neurobiologie.
Mais on préfère croire au mythe du “mental d’acier” et de la “force de caractère”.
🔥 Ce qui se passe vraiment quand tu ne mets pas ton masque
Revenons à notre avion.
Tu es dans l’appareil. Ça dépressurise. Les masques tombent.
Scénario A : Tu mets ton masque. Tu respires. Tu es opérationnel. Tu peux aider la personne à côté de toi. Tout le monde s’en sort.
Scénario B : Tu es tellement focalisé sur “aider d’abord ton voisin” que tu t’évanouis par manque d’oxygène. Ton voisin aussi. Vous vous écrasez tous les deux. Bravo champion.
Au travail, c’est EXACTEMENT pareil.
Scénario A : Tu t’arrêtes 2 semaines. Tu récupères. Tu reviens opérationnel. Tu es présent, efficace, humain. Tes collègues bossent un peu plus pendant ton absence mais tout le monde s’en sort.
Scénario B : Tu “tiens bon”. Tu te traînes pendant 6 mois avec 30% de capacités. Tu fais des erreurs. Tu es irritable. Tu contamines l’ambiance. Tu finis par craquer VRAIMENT et partir 8 mois. Tes collègues doivent compenser pendant des MOIS. L’équipe est déstabilisée. Toi tu es détruit. Personne n’est gagnant.
Devine quel scénario on choisit massivement en France ?
➡️ Le B. Toujours le B.
Parce qu’on a été formatés à l’injonction : “Sois fort. Serre les dents. Les autres ont besoin de toi.”
Mais cette injonction, elle est FAUSSE. Et dangereuse. Et contre-productive.
Les autres n’ont pas besoin d’un zombie héroïque qui s’effondre. Ils ont besoin d’un collègue/manager/collaborateur VIVANT et FONCTIONNEL.
🧠 La charge mentale : le fléau invisible qui pèse des tonnes
On parle beaucoup de charge mentale dans la sphère domestique (qui va penser à acheter le papier toilette, qui note les rendez-vous dentiste, etc.). Mais au travail ? C’est Tchernobyl niveau charge mentale, et personne n’a de compteur Geiger.
D’après une étude de Malakoff Humanis (2023) :
44% des salariés déclarent devoir penser à leur travail en dehors de leurs heures de travail
59% des managers estiment que leur charge de travail a augmenté ces dernières années
41% des salariés ont du mal à “décrocher” mentalement le soir
Tu sais ce que ça veut dire concrètement ?
Ça veut dire que ton cerveau ne s’arrête JAMAIS. Même sous la douche, tu penses à ce mail. Même devant Netflix, tu rumines cette remarque de ton boss. Même à 3h du matin, tu te réveilles avec une to-do list qui défile.
Ton cerveau tourne H24 en mode “survie professionnelle”. Et devine quoi ? Il n’est pas fait pour ça.
Un coureur de marathon ne court pas 24h/24. Un bodybuilder ne soulève pas de la fonte en dormant. Mais toi, on attend de toi que tu sois en “mode performance” en permanence.
Résultat ? L’épuisement. Pas le petit coup de mou du lundi. L’épuisement profond, cellulaire, celui qui te fait sentir vide même après une nuit de sommeil.
💡 Et si on faisait autrement ?
Imagine un instant.
Un monde où dire “Je suis en surcharge, j’ai besoin d’une pause” serait accueilli comme dire “J’ai une angine, je rentre me soigner.”
Un monde où les RH demanderaient régulièrement : “Comment va ton niveau d’énergie ?” au lieu de “Comment avance le dossier Martin ?”
Un monde où prendre un arrêt de 2 semaines pour burn-out naissant serait vu comme de la PRÉVENTION et non comme de la “faiblesse”.
Un monde où les managers seraient formés à repérer les signes d’épuisement chez leurs équipes (et chez eux-mêmes, bordel).
Un monde où “mettre son masque en premier” serait la norme professionnelle.
Ça te semble utopique ?
Pourtant, c’est exactement ce qu’on fait dans l’avion. Et personne ne trouve ça utopique. C’est juste LOGIQUE.
Alors pourquoi au bureau, cette même logique devient révolutionnaire ?
🎯 Le vrai courage, c’est pas de tenir. C’est de s’arrêter.
On glorifie la résistance. Le “warrior”. Celui qui “encaisse”. Celui qui “gère”.
Mais le vrai courage, aujourd’hui, c’est de dire STOP.
C’est de reconnaître : “Je ne suis pas une machine. J’ai des limites. Et je les respecte.”
C’est de choisir 2 semaines d’arrêt maintenant plutôt que 6 mois d’effondrement plus tard.
C’est de dire à son équipe : “Je m’arrête parce que je veux revenir entier, pas parce que je vous abandonne.”
C’est d’accepter que prendre soin de soi n’est PAS un luxe égoïste, mais une NÉCESSITÉ stratégique.
Dans l’avion, tu mets ton masque en premier. Pas par égoïsme. Mais parce que c’est la SEULE manière d’être utile ensuite.
Au travail, c’est pareil.
Si tu t’effondres, tu n’aides personne.
Si tu récupères, tu aides tout le monde.
C’est aussi simple et aussi compliqué que ça.
🚀 Et maintenant ?
Alors voilà ma question pour toi, qui lis ce post en te disant peut-être “oui mais moi c’est différent” :
À quel moment vas-tu mettre TON masque ?
Quand tu seras déjà évanoui ? Quand tu ne pourras plus te lever le matin ? Quand ton médecin te mettra en arrêt de force ?
Ou maintenant ? Avant le crash ?
Parce que je te le dis cash : personne ne viendra te supplier de prendre soin de toi. Ton boss ne viendra pas te dire “arrête-toi, tu vas trop loin”. Tes collègues ne feront pas une intervention. Le système est conçu pour que tu continues jusqu’à l’épuisement total.
C’est à TOI de mettre ton masque.
C’est à TOI de poser ta limite.
C’est à TOI de dire “stop” avant que ton corps ne le dise pour toi.
Et toi, tu en es où avec ton masque à oxygène ?
Tu le portes déjà ? Tu hésites à le mettre ? Tu attends le dernier moment ?
Parlons-en par mail !
Parce que peut-être qu’il est temps qu’on arrête de se la jouer héros invincibles et qu’on commence à se la jouer humains qui respirent correctement.
Après tout, même Superman a besoin d’oxygène. 🎭
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